Vous connaissez la théorie de Einstein qui veut que E=MC². Samedi, je regardais le match entre les Blue-Jays de Toronto et les Red-Sox de Boston bien assis dans mon fauteuil tout en feuilletant les savantes analyses de Bill James qui fait parler les chiffres du baseball. Soudain, en regardant le match j’ai eu un éclair de génie !
Pour Einstein E=MC², c’est le rapport énergie-matière. Toute matière pouvant être convertie en énergie, et toute énergie en matière. Le M représentant la masse et C, la vitesse de la lumière. C² veut donc dire qu’il faut mettre cette vitesse C, au carré. Par conséquent même une très petite masse peut générer une très grande quantité d’énergie lorsqu’elle est convertie.
Voilà donc qu’en levant les yeux vers la télé, je vois David Eckstein, surnommé le Facteur-X, s’exécuter sous mes yeux. J’ai replongé aussitôt dans le livre de Bill James pour voir comment on pourrait faire parler les chiffres et expliquer le Facteur-X. Déception ! Rien, le néant ! Il n’y a absolument rien d’exceptionnel à un joueur qui frappe en carrière pour .286. Encore moins quand ce frappeur frappe au premier rang avec une moyenne de présences sur les buts de .351. Pas plus de réponse avec 110 vols de buts en sept saisons dans les majeures ; ce qui représente 4 de moins que son total en 4 saisons dans les mineures. Ses 30 circuits et ses 285 points produits n’ont pas de quoi le faire entrer dans la légende non plus. Défensivement, bien que fiable, ce n’est pas un magicien à la Ozzie Smith. Pourtant Eckstein est un joueur apprécié et admiré.
Si Bill James, l’homme qui fait parler les chiffres n’offre aucune théorie pour expliquer l’importance de Eckstein, il doit quelque part exister une explication rationnelle. Je me suis mis à chercher ailleurs sans plus de succès. Personne n’a la réponse. J’en suis presque venu à croire que Eckstein n’était qu’un mythe et que les dirigeants du baseball majeurs étaient tous dans les limbes pour que ce tout petit joueur d’arrêt-court d’à peine 5 pieds 8 pouces soit toujours dans les majeures après 7 saisons. Nous avons vu que ses statistiques ne sont pas exceptionnelles, mais ne sont pas minables non plus. Elles sont par contre en dessous des attentes pour un premier frappeur. Il y a bien un moyen pour une équipe de trouver un premier frappeur qui se rend sur les buts plus souvent et qui est capable de plus de vols de buts que Eckstein.
En écoutant les commentateurs répéter le nom de Eckstein, mes oreilles m’ont joué un tour alors que son nom se transformait en « Einstein par ci, Einstein par là. » C’est là que tout a changé ! Mais oui, Einstein ! C’est lui qui a la réponse ! Je me mis donc à étudier le Facteur-X selon Einstein. (Ne pas confondre avec Eckstein.)
Selon Einstein nous avons vu que L’énergie égalait la matière et vise versa. Ici notre matière est représenter par Eckstein qui lui-même représente le Facteur-X. Vous suivez ? Donc E (l’énergie) = X. Jusque là ça allait mais il me manquait encore quelque chose pour compléter ma compréhension dudit Facteur-X, soit la vitesse ! J’ai bien observé partout et regardé à deux fois mais c’est bel et bien 110 vols de buts en 7 saisons dans les majeures. Rien pour expliquer la vitesse du Facteur-X. Mais ça, c’était jusqu’à ce que je vois Eckstein se rendre au premier but à toute vitesse suite à un but sur balles. L’Énergie, la vitesse ! Le Facteur-X a trouvé tout son sens quelques instants plus tard quand sur une balle frappée au champ gauche, Eckstein est venu marquer du premier en fonçant tête baissée à toute allure pour glisser sauf au marbre ! Voilà ! J’avais ma réponse ! E (l’énergie) = XC² (Eckstein et la Vitesse au carré.) Plus petit Eckstein est désavantagé pour les vols de buts alors qui ne peut prendre autant d’écarts que les grands voleurs au premier coussin, mais une fois qu’il a pris son envol, il est comme une locomotive.
Le Facteur-X vient donc de prendre tout son sens. Il fallait maintenant appuyer cette théorie sur du concret. En 2002 Eckstein joue sa deuxième saison complète dans les majeures. Les Angels d’Anaheim ont remporté la Série Mondiale, alors que Eckstein a croisé le marbre 107 fois durant la saison tout en frappant pour .293 avec une moyenne de présences sur les buts de .363. En Série Mondiale, il a été un véritable catalyseur. Il a marqué à 6 reprises, a frappé pour .310 avec une moyenne de présences sur les buts de .364. En 2003 Eckstein est blessé. Il ne joue que 120 matchs et les Angels ne font pas les séries. Il revient en santé en 2004 et c’est le retour des Angels au baseball d’octobre. En 2005, il se joint aux Card’s de St-Louis. Pendant que les Angels connaissaient des ennuis, les Card’s ont fait les séries. Eckstein frappe dans une moyenne de .292 jusqu’en finale de la ligue Nationale. En 2006, Eckstein est élu Joueur le Plus Utile de la Série Mondiale, contribuant encore largement à une deuxième conquête avec deux équipes différentes en 5 saisons.
Comme Bill James l’affirme bien humblement, les chiffres ne peuvent tout expliquer. Il fallait voir les Jays en fin de semaine quand Eckstein entrait au banc. Son énergie et son intensité sont communicatives. Personne n’a envie d’avoir l’air de se traîner les pieds à côté de ce petit joueur au talent limité qui se défonce jeu après jeu, match après match. Tout le monde l’adopte et adopte sa méthode quand il arrive dans une équipe. Il a le pouvoir de changer à lui seul l’allure d’une rencontre. Ça, ce n’est pas dans les statistiques. C’est le Facteur-X !