Ils font courir les foules et leurs propos ne laissent personne indifférent. Certains les haïssent, d’autres les idolâtrent comme s’il s’agissait de dieux grecs à la tête d’une nation, ayant pour seule ambition… La victoire à tout prix.
Forcé d’admettre qu’il existe aujourd’hui une rivalité entre Patrick Roy et Richard Martel, il ne faudrait surtout pas oublier que celle-ci prend racine bien avant l’arrivée de ces deux hommes, dont la force de caractère et la forte personnalité ne font que raviver la flamme de la passion chaque fois que ces derniers croisent le fer dans un duel éternel ou la rivalité entre Québec et Chicoutimi est uniquement une question de partisans.
Selon Richard Martel, il faut revenir dans le passé lors de la création des Saguenéens de Chicoutimi durant l’expansion de 1973-74.
«La première ville que l’on rencontrait en sortant du Parc était Québec. Nous savons que les distances entre deux villes engendrent des rivalités. Le fait que les gens du Saguenay ont toujours été accoutumés à y aller a, à mon avis, créé une rivalité naturelle en raison de la situation géographique. Par exemple, Baie-Comeau, Rimouski de l’autre bord du fleuve, Trois-Rivières, Shawinigan, Montréal, Québec. Lorsque les Saguenéens sont arrivés, les Remparts étaient une puissance et avaient remporté, à cette époque, la Coupe Mémorial».
Imaginez, la première série quart de finale que les Saguenéens ont remportée a été contre Québec. Et cette année-là, ils ne devaient pas la remporter. C’est à partir de ce moment là que tout a débuté selon Richard Martel. Par la suite, il y a eu la disparition des Remparts pour les Harfangs. Ce fut un fiasco au niveau de la rivalité, une farce monumentale qui a cependant créé une autre rivalité Canadien/Nordiques.
Patrick Roy croit que la rivalité entre les deux clubs s’est faite également naturellement, mais pas entre les deux hommes.
«On appelle ça une rivalité. Pour moi Martel, je ne vois pas ça comme une rivalité, car j’adore coacher contre Richard. Je trouve que c’est un gars qui bouge énormément en arrière de son banc et qui met de la vie. Il est clair que j’adore battre son équipe et que lui, il aime bien gagner contre la nôtre. Tu sais, chaque fois que l’on joue contre Chicoutimi, ça là un petit cachait. Il est toujours plaisant de gagner contre son équipe ».
Retour des Remparts
Lorsque le nom des remparts revient dans le circuit et traverse le parc, les gens accourent redonnant vie à cette rivalité. Selon Richard Martel, la rivalité est aujourd’hui plus forte que jamais et cela, probablement en raison de la personnalité des deux hommes.
«Lorsque l’on croise le fer, il y a des étincelles et ça chauffe. Je ne sais pas ce que Roy en dit, mais je pense que les deux hommes aident à amplifier la chose. Il y a des durs d’oreille des deux côtés et il y a une personnalité qui joue en arrière, sans oublier l’équipe et les partisans qui créent toutes sortes d’affaires ».
Selon Patrick Roy, avant l’arrivée de Martel, il n’y avait pas beaucoup de monde à l’aréna de Chicoutimi, soit environ 1500 à 1700 personnes par match. Depuis ce temps, les Saguenéens roulent avec une moyenne de 3000 à 3500 par match et à guichet fermé lorsque Québec débarque en ville. Preuve indéniable de la rivalité.
«Richard Martel a été définitivement un rouage important dans le retour du hockey junior dans la région de Chicoutimi. C’est sûr que c’est un gars qui a roulé sa bosse dans la ligue, c’est sa 17e saison je pense. C’est un gars qui a connu beaucoup de succès à travers les organisations où il a été extraordinaire pour plusieurs d’entre eux. Il a animé, si l’on veut, les partisans de hockey. Aujourd’hui, les gens s’identifient aux Saguenéens plus que jamais et sont même rendus excessivement chauvins dans cette région là. Et d’ailleurs, c’est ce que l’on aime de nos partisans. Ici à Québec, on aime que nos partisans s’identifient aux Remparts, qu’ils fassent la même chose. Ça fait qu’il y a une rivalité qui est excellente pour nous avec des clubs, par exemple Rimouski et Chicoutimi».
Selon Martel, les médias et ses convictions ont également joué un rôle prépondérant dans la rivalité qui l’oppose à Patrick Roy.
«À titre d’entraîneur, j’ai rencontré Québec deux fois en série. Ce n’était pas Patrick Roy qui était l’entraîneur, mais plutôt Éric Lavigne. La première fois, j’étais aux commandes de Baie-Comeau (2003-04) et nous les avons battus 4-1 en quart de finale. Par la suite, à Chicoutimi durant la saison 2004-05, nous les avons encore battus en quart de finale, en 6 matchs (4-2). L’an passé, Chicoutimi a gagné ses trois derniers matchs contre Québec et ce, devant leurs propres partisans. Cette année, nous avons gagné encore contre Québec lors de leur match d’ouverture devant une foule de plus de 12 000 spectateurs».
Interrogé à la suite de ce match concernant la parution d’un article publié dans le Journal de Québec daté du 23 septembre dernier (2006) par le journaliste Charles Rooke à l’effet que les Saguenéens avaient préféré rester dans le vestiaire durant la cérémonie et qu’ils étaient arrivés en retard pour la mise au jeu protocolaire, sans compter que le Capitaine des Sags n’avait pas serré la main à personne, Roy et Martel rétorque :
«C’est carrément faux. D’ailleurs, j’ai parlé avec Richard. Chicoutimi a embarqué un petit peu en retard au début, mais ça ne m’a pas véritablement dérangé. Ce que j’ai trouvé dommage, c’est de voir le Capitaine Blanchard ne pas serrer la main à mes partenaires et moi-même. Qu’il ne serre pas la main à moi, je peux comprendre, mais à mes deux partenaires, j’ai trouvé cela ordinaire. Je l’ai d’ailleurs manifesté à Richard».
Du côté de Martel, celui-ci a tenu à souligner qu’ils sont demeurés dans le vestiaire parce qu’ils pouvaient le faire. Comme il s’agissait d’une longue cérémonie, les hommes de Martel en ont profité pour terminer de se préparer.
«Lorsqu’on est arrivé en retard, c’était pour une raison technique. Il y a eu une petite erreur. On nous avait dit d’être prêts pour 19h30 et on est venu nous chercher à 19h25. Or, les joueurs avaient presque terminé de s’habiller. Honnêtement, je n’avais pas vu Nicolas Blanchard qui n’avait pas donné la main, car je n’étais pas encore sortie. Cela ne venait pas de moi, ni du banc».
Respect mutuel
Malgré le désir de gagner à tout prix et la rivalité entre les deux clubs, on sent un profond respect mutuel entre les deux entraîneurs.
«Première des choses, je te dirais que le caractère y ait pour beaucoup. On demande des joueurs de caractère. Les entraîneurs qui manquent de caractère ont de la difficulté dans leur carrière. Mais de la façon donc ils l’expriment, ça c’est leur affaire. Mais tu sais Patrick Roy, c’est un entraîneur et un compétiteur. C’est certain que plus les années vont avancer, meilleur encore il va être. Je ne dis pas ça parce que c’est difficile pour lui, mais parce qu’il est un leader. C’est sûr qu’il s’est affirmé avec ses joueurs. Alors, c’est des grandes qualités d’être entraîneur, d’avoir du leadership et d’amener 25 gars à tirer dans la même direction. Il consulte beaucoup et ça, c’est l’une de ses grandes qualités ».
Concernant la rumeur que Martel et Roy seraient de bons amis dans la vraie vie, sachez que ce n’est qu’une rumeur…
«Je te dirais qu’à l’extérieur de la glace, je parle à l’occasion avec Richard Martel. J’adore parler de hockey avec ce gars là, il est intéressant. Lorsque je suis allé chercher Martin Laperrière, j’ai parlé à Richard Martel. Il l’avait eu comme adjoint et il a été le premier à venter Martin et puis de me le recommander fortement. On discute parfois de nos opinions. Peut-être que l’on s’haït à mort durant les matchs, mais à l’extérieur, je dirais qu’il y a une forme de respect qui existe. Si Richard vient en ville ou moi à Chicoutimi, il se peut qu’on mange ensemble. Cela ne me mettra pas mal à l’aise au contraire on risque de passer une bonne soirée».
Pour Richard Martel, quand il est derrière le banc, c’est terminé.
«Il n’y a pu aucun sentiment et ça, ce n’ai pas faite pour tout le monde. Il y a de la fraternité qui existe entre divers entraîneurs et c’est correct, mais en dehors et en arrière du banc, ce n’est pas la même chose. De mon côté, je ne passe pas mon temps à appeler les autres entraîneurs. Il arrive que durant la période morte je puisse discuter dans des situations spéciales avec d’autres. Même en étant en situation intime ou en aimant cette personne-là en dehors et même en le respectant, en arrière du banc on ne voit plus rien. En fait… On ne voit plus l’homme. Il y a une chose qui est importante pour nous, c’est la victoire. Je pense que, dans son cas, c’est la même chose pour Roy. Je crois que nous pourrions aller manger au restaurant 25 fois durant la période estivale. Ça créerait possiblement une amitié, mais une fois en arrière du banc les sentiments ne nous toucheraient plus vraiment. C’est probablement la beauté de cette rivalité là. Tu sais, on veut s’arracher les deux points encore à soir ça va recommencer. La seule chose qui compte, c’est la victoire. C’est pourquoi, j’ai de la difficulté de me lier d’amitié avec certains entraîneurs», de conclure Richard Martel ayant subi ce soir-là une défaite de 6 à 2 contre les Remparts de Québec.
Source : Sports Juniors Magazine Volume 4 décembre 2006