On peut mieux respirer maintenant que Patrick Roy a déclaré vouloir demeurer avec les Remparts pour les trois à quatre prochaines saisons. Quand je dis « on », ça inclut toute la LHJMQ. La ligue aurait beaucoup souffert de la perte de Roy au profit de la LNH au moment où elle est pointée du doigt pour les écarts de conduite de ses joueurs, et aussi de ses entraîneurs. Bien qu’il n’ait pas prêché par l’exemple lors du deuxième match de la série opposant les Saguenéens de Chicoutimi aux Remparts de Québec, Roy apporte une notoriété au circuit junior québécois dont on ne peut que se réjouir.
Alors qu’on se pose des questions sur la qualité de notre hockey au Québec et qu’on constate le peu de joueurs repêchés dans la LNH, Doug Wilson des Sharks de San Jose n’avait que des éloges pour le travail fait auprès de Marc-Édouard Vlasic à son arrivé dans la ligue Nationale. Il y’ a bien un peu de Patrick Roy derrière ça. Puis Brent Aubin a aussi bénéficié des conseils de Roy alors qu’il est écrit dans le ciel qu’il jouera pour les Maple Leafs de Toronto tôt ou tard. Inutile de vous parler des succès d’Alexander Radulov avec les Predators de Nashville. Puis, Roy n’en a pas que pour l’élite. Après la conquête de la Coupe Memorial, lui et les membres de l’organisation des Remparts ont tout fait pour trouver une place au gardien Cedrick Desjardins dans une organisation de la ligue Nationale alors qu’il a terminé sa carrière sans être sélectionné par aucune équipe du grand circuit. En 2007-2008, Desjardins a joué à Hamilton dans la LAH et avec les Cyclones de Cincinnati de la ECHL, conservant ainsi toujours l’espoir d’atteindre la LNH un jour ou à la limite d’avoir le plaisir de jouer encore avec la passion du jeu qu’il aime.
Le dos large
Depuis son retour au Québec, Roy est scruté à la loupe dans ses moindres faits et gestes et même par des gens qui n’ont jamais daigné s’intéresser au hockey junior auparavant. Si sa dernière frasque n’avait rien d’édifiant, il a eu le mérite comme il l’a fait en chaque occasion dans sa carrière de faire face à la musique et d’en assumer les conséquences. Le dernier geste méritait d’être sanctionné et ce fut fait. Trop? Pas assez? Je vous laisse vous obstiner et user de votre propre jugement. Ce même geste méritait aussi d’être dénoncé, mais là on a perdu le nord! On est facilement passé de la dénonciation à l’acharnement en utilisant tous les sous-entendus possibles pour le faire mal paraître, se rendant jusqu’à son ex-épouse pour obtenir ses commentaires sur les incidents impliquant son fils. D’ailleurs, j’attends qu’on en fasse autant avec la mère de Sidney Crosby suite à sa participation dans la rencontre d’hier à un combat d’escrime avec Mike Richards des Flyers de Philadelphie. Crosby est pourtant encore à l’âge limite pour jouer dans le junior. À t-on idée de laisser un jeune de 20 ans se bagarrer ou se chamailler sur la glace!
Un argument que l’on entend de plus en plus, question de jeter plus de discrédit sur Patrick Roy, c’est lorsqu’on parle que ces gestes ne sont pas des exemples pour les jeunes. Il faut savoir qu’une très large majorité des joueurs dans la LHJMQ auront atteint 18 ans (l’âge adulte) lorsque l’on brandira la Coupe Memorial à la fin de la saison. Il faudrait se rappeler qu’on est dans un circuit junior d’envergure qui prépare des joueurs à la ligue Nationale et non dans la ligue pee-wee B participation de St-Gonzague-À-La-Rivière. (Endroit fort connu.) On a aussi grandement fait état de sa prise de collet avec Pierre Cardinal de l’organisation des Saguenéens de Chicoutimi. Pourtant, Roy a agi en « bon père de famille » dans cette histoire en pensant à la sécurité de ses joueurs. Rappelons-nous que plusieurs autres instructeurs et membres d’organisations se sont rangés derrière Roy à la suite des événements. Si ça n’avait pas été Roy et que personne n’avait voulu profiter de cette autre occasion de le planter, personne n’aurait soulevé l’urgence d’agir dans le dossier de la sécurité des joueurs dans certains arénas de la ligue. Tout autre entraîneur n’aurait même pas fait deux lignes dans la colonne des petites annonces. Il y’ a aussi eu cette soirée amusante, où Roy a donné un bon show aux plus de 14 000 amateurs au Colisée Pepsi quand il a fait une excellente imitation de Michel Bergeron et de Don Cherry en tournant en dérision l’officiel d’un autre duel Chicoutimi-Québec. Ce soir-là, son équipe n’a pas livré la marchandise, et il a décidé d’en donner pour leur argent aux amateurs. Les officiels en ont vu bien d’autres et peuvent vivre avec ça. Roy a eu ce qu’il méritait; (et cherchait possiblement) une expulsion. Les gens sont sortis du Colisée déçus de la performance de leurs favoris, mais avec quelque chose à discuter. Encore une fois, il a fait la une comme s’il venait de commetre un act irresponsable… alors qu’il venait d’enlever la pression sur ses joueurs en plus de leur éviter des huées pour leur contre-performance. On a également eu l’affaire Tordjman à la Coupe Memorial. En quoi un entraineur est-il coupable de jouer dans la tête d’un gardien de but adverse? On est dans une ligue de compétition et on disputait le titre national! Dans la NCAA que ça soit au basketball ou au football (l’équivalent hockey de la LHJMQ et de la LCH) les entraineurs n’hésitent pas à se déchirer la chemise ou a ramassé un joueur par le protecteur facial pour lui « expliquer » deux trois petites choses devant la télé nationale. On est dans le sport de haut niveau pratiqué par de jeunes hommes, il serait peut-être temps d’allumer. Puis personne ne tord les bras des jeunes pour jouer dans ces circuits.
Une société dépassée
Comprenons-nous bien! Il n’est aucunement question de prôner la violence. Enrayer les coups vicieux et les débordements durant les bagarres, on le veut tous. Du moins, je l’espère. Il est toutefois utopique de croire que des sanctions plus sévères les élimineront du paysage de la LHJMQ. Ça s’appelle du hockey! Un sport de contact, d’actions et de réactions. Un sport intensif où le caractère est mis à l’épreuve. Il n’y a pas de bagarre au hockey international, mais les équipes ne s’affrontent pas durant une longue saison soir après soir. On peut mettre toutes les sanctions qu’on veut, les joueurs ne vont pas s’arrêter à réfléchir au beau milieu de l’action qu’ils seront punis sévèrement en jetant les gants ou même en donnant un coup salaud. Le but ne devrait pas être d’enrayer les bagarres, mais de les pénaliser très sévèrement et encore plus sévèrement les coups vicieux par respect pour ceux qui en sont victimes. Déjà, avec ça, on aurait un grand pas de fait. Quant à ceux qui veulent voir le hockey s’approcher davantage du patinage artistique, il faudrait qu’ils se demandent dans quel type de société ils veulent grandir. Former les jeunes dans l’adversité, la combativité dans un sport sain aux contacts multiples qui exige parfois de s’affirmer et dans lequel les joueurs doivent garder constamment le contrôle de leurs émotions apportera toujours un minimum de risque d’un débordement. Mais ce sport demeure ce qui se rapproche le plus des défis qu’auront à faire face nos jeunes dans la vie. La défaite, la frustration, la réussite et la victoire. Patrick Roy est l’homme tout désigné pour ce rôle de formateur. Depuis quand est-il défendu de vouloir gagner? Comment peut-on forger des gagnants dans la vie quand on cible ceux qui sont en mesure de tracer le chemin?
Roy a manifesté vouloir revenir avec les Remparts avec le désir de diriger ses fils. Pourquoi pas? Pendant ce temps la LHJMQ profite de la visibilité de Roy. Joueurs et entraîneurs. C’est une excellente nouvelle pour ceux qui ont à cœur le bien du hockey junior.


